Le Syndicat des employés manuels de la Ville de Québec allègue que ces mises à pied sont des mesures de représailles à l'endroit des salariés et qu’elles constituent un lock-out interdit par le Code du travail (art. 111.0.26) pour contraindre ces derniers à accepter la position de la Ville sur la privatisation des services municipaux.
Tous les témoignages ont démenti la raison de «manque de travail», évoquée par la Ville de Québec pour procéder à ces 162 mises à pied. Selon Jean-François Laflamme, col bleu auxiliaire depuis 2004, son contremaître Yves Martin lui a indiqué, quelques heures avant de recevoir sa lettre de congédiement, que le travail était bel et bien au rendez-vous pour tout l’été.
«Quand il m’a remis la lettre, je lui ai demandé c’était pour combien de temps, mais il n’a pas été en mesure de me répondre. Je n’ai jamais reçu une lettre de la sorte avant, et encore moins à cette période-ci de l’année. Avant les travaux printaniers, j’étais habitué de recevoir une lettre de mise à pied, mais c’était pour deux semaines seulement», a-t-il précisé devant la commissaire.
McKinnon en renfort
Emmanuel Mpangaza, col bleu auxiliaire embauché depuis 2005, a souligné qu’il n’a travaillé sans cesse dans les deux dernières années, sans avoir été au chômage. Le 17 avril, il a reçu sa lettre de mise à pied, mais il a reçu dès le lendemain un appel pour faire du ménage au Colisée.
«La veille, on me dit que j’aurai une formation et le lendemain, je suis dehors. C'est sauvage! Je n'ai jamais vécu une mise à pied comme ça. Je ne sais pas si mon employeur va me réembaucher. J'ai une famille, je dois savoir où je m'en vais.» - Jacques Dubeau, col bleu auxiliaire congédié
«En même temps, je ne sais pas si je vais travailler lundi. Je suis déçu, ça m’affecte. On dit qu’il n’y a pas d’ouvrage, alors qu’on sait qu’il y en a. Quand ce n’est pas nous qui travaillons, je sais que McKinnon fait le ménage», a-t-il témoigné.
L’avocat représentant la Ville de Québec, Me Éric Latulippe, a reconnu que des employés de la firme privée ont fait le travail les 17 et 18 avril. «Ils n'ont pas fait le travail que les cols bleus devaient faire, mais ils ont fait un travail de cols bleus», a-t-il exprimé.
Mauvais scénario
Selon le directeur adjoint du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) responsable du secteur municipal, Serge Morin, il s’agit d’un mauvais scénario. «Dans un contexte de relations de travail, c’est du jamais-vu. Le maire Labeaume a le tour de rendre la situation encore plus dramatique», a-t-il affirmé.
«On a enquêté, et il ne manque pas d’ouvrage. Si vous mettez à pied 162 travailleurs et qu’il y a encore du travail à faire, c’est manifeste que c’est un lock-out déguisé. On souhaite l’intervention de la Commission des relations de travail et que les travailleurs puissent revenir travailler dès que possible. Dans notre livre à nous, on aimerait que la décision soit rendue aujourd’hui ou lundi», a conclu M. Morin.
Groupe Québec Hebdo.

