L'avenir de la voiture électrique

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Les américains trop optimistes

Le président des États-Unis d’Amérique, Barack O’Bama, souhaite voir un million de voitures électriques en circulation d'ici 2015. Dans un rapport publié le 2 février, un groupe d'experts de l'Université d'Indiana jugent peu probable que les États-Unis atteignent cet objectif. « Les intentions de production des constructeurs d’automobiles sont actuellement insuffisantes pour atteindre l'objectif de 2015, et, même, les plans de volumes de production actuels ne sont pas respectés », précise le rapport.

La voiture électrique est certes une réalité, mais encore bien modeste. La vente de la Chevrolet Volt a commencé en novembre dans l’État de la Californie et fera lentement son chemin vers d’autres États chauds avant de faire son entrée au Canada en juin. Jusqu’à maintenant, GM a vendu 650 Volt sur le territoire américain depuis novembre, et Nissan, une centaine de ses Leaf. Plus tard cette année, les constructeurs Ford et Nissan lanceront respectivement le Transit Connect EV et la Leaf au Canada, les deux premiers véhicules de production de série munis d'un moteur entièrement électrique. Il ne faut pas oublier Mitsubishi qui ajoutera l’i-MiEV d’ici la fin de 2011.

Au-delà des premiers acheteurs qui se procureront le véhicule par pure conviction, qu'est-ce qui motivera le grand public à acheter ces voitures ? La consommation de carburant est certes excellente, mais pas assez pour justifier le prix demandé, (même avec une subvention). Il faut aussi mentionner la faible autonomie et l’absence d’un réseau, ce qui en effraie plus d’un. La réalité est bien simple. L’industrie de l’automobile électrique en est à ses premiers balbutiements. Reportons-nous plus loin en arrière, il y a un peu plus de 100 ans, lorsque les premiers véhicules à essence sillonnaient un réseau routier quasi inexistant. Les stations-service n’existaient pas. Les propriétaires de voitures allaient acheter le kérosène au magasin général. C’est par la suite qu’un homme comme John. D. Rockfeller, grand patron de Standard Oil (qui détenait à une époque 90 % de la production mondiale de pétrole), a eu l’idée d’instaurer des postes d’essence. La chose s’est faite graduellement sur plusieurs décennies et a largement contribué à l’explosion des ventes d’automobiles. On trouve aujourd’hui un peu plus de 170 000 stations-service aux États-Unis et quelque 15 000 au Canada. La technologie des voitures électriques évolue à vitesse grand V, mais est encore dans sa jeunesse. Il reste encore des problèmes de taille à surmonter comme l’autonomie insuffisante au quotidien pour une grande majorité d’acheteurs, l’absence de réseau autre que le chargeur à la maison pour faire le plein d’électricité, sans parler des réseaux électriques américains qui, dans bien des cas, sont à la limite de leur production et ne pourraient probablement pas supporter la recharge des batteries de millions de voitures électriques.

Comment voir l’avenir

La Maison Blanche a récemment proposé de pratiquement doubler le budget de recherche sur les véhicules du ministère de l'Énergie, à 590 millions de dollars, dont 200 millions de dollars serviraient à équiper les collectivités en infrastructures de démonstration. C’est là un geste concret pour faire avancer les choses. Le Canada et le très « pétroleux » Steven Harper restent muets sur le sujet. Il est important de savoir que, pour faire avancer les choses, il faudra que les gouvernements de partout dans le monde prennent des décisions de société pour appuyer le mouvement électrique. Malheureusement, vous savez comme moi à quelle vitesse avance la politique; c’est aussi pour cela que les spécialistes qui suivent la chose de près estiment que, d’ici 2015, bien des constructeurs d’automobiles en seront encore au stade de produit de démonstration ou de production à faible volume. Il faut tout de même saluer l’enthousiasme et l’opiniâtreté de certains dirigeants comme le grand patron du groupe Renault-Nissan, Carlos Ghosn, qui se fait l’apôtre de la voiture électrique et tente de convaincre les grandes villes et grandes entreprises d’embarquer dans son projet et de développer ensemble l’avenir électrique. M. Ghosn ne parle pas de 2015, mais estime qu'il se vendra six millions de véhicules électriques par an sur la planète en 2020, ce qui représente environ 10 % de l'ensemble du marché de l’automobile. Un chiffre bien optimiste aux yeux de plusieurs qui évaluent plutôt le marché à 5 % en 2020, soit environ 3 millions de véhicules par an.

Les ingrédients pour réussir

La révolution de l’automobile s’est produite le jour où Henry Ford a inventé la chaîne de montage, diminuant du coup de moitié le prix de la voiture et la rendant accessible à tous. La recette est la même pour la voiture électrique; le jour où elle ne coûtera pas plus qu’une voiture traditionnelle, offrira une autonomie équivalente à un plein de carburant et pourra se recharger un peu partout en moins de 5 minutes, vous aurez à ce moment-là une percée majeure de la voiture électrique. D’ici là, elle demeurera une voiture de niche, et, selon tous les gens du milieu, 2015 semble trop proche au calendrier pour qu’on puisse vendre un million de véhicules par an sur le territoire américain; pas avant 2020 avec un peu de chance.

-30-

Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2011. On peut également l’entendre à l’émission Dutrizac, l’après-midi tous les vendredis à 14 :05 sur les ondes du 98,5 fm à Montréal.

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