Le plan Charest- Un bel effort, mais pas suffisant

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Je veux aujourd’hui prendre quelques minutes pour revenir sur le plan de développement de transport électrique présenté par le gouvernement du Québec. Commençons par les fleurs ! Il faut souligner l’initiative de mettre un tel plan de l’avant, le Québec fait mieux à ce chapitre que bien des provinces canadiennes et, surtout, se place loin devant Ottawa et son premier ministre de Calgary rétrograde. Les objectifs de ce plan sont très louables, mais, pour ce qui est des moyens qui sont mis en place, c’est une tout autre histoire. Disons, pour être poli, que le gouvernement déborde d’optimisme.

Je vous invite à réfléchir sur ces quelques chiffres pour réaliser à quel point les objectifs souhaités du gouvernement et la réalité ne résident pas à la même adresse. Le gouvernement propose d’accorder une aide financière maximale de 8 000 $ à l’achat de véhicules à motorisation électrique rechargeables sur le réseau en 2012, de 4 000 $ en 2014, et plus rien en 2016. Seulement 10 000 propriétaires de véhicules au total pourront en bénéficier. Avec ce plan, Jean Charest annonce que 25 % de tous les véhicules au Québec seront électriques en 2020. Chaque année un peu plus de 400 000 véhicules neufs sont vendus au Québec, Ce qui veut dire que de 2012 à la fin de 2015, cela donne 1,6 million de véhicules. De ce nombre, 10 000 ou 0,6 % donneront droit à une subvention. De 2016 à 2020, zéro subvention, mais le Québec aura vendu 2 millions de voitures neuves. Ce qui porte le total à 3,6 millions et 10 000 auront donné droit à une subvention. Il faudrait accorder des subventions à 900 000 propriétaires de véhicule pour espérer voir 25 % de véhicules électriques sur la route en 2020. Or, les constructeurs ne produiront jamais autant de véhicules. Il faut aussi souligner que, au moment où les véhicules électriques seront plus nombreux sur la route, vers 2015-2016, le gouvernement met un terme au programme. Le gouvernement dit vouloir donner un coup d’élan pour propulser le programme. Monsieur Charest, pour le moment, vous poussez du vent, il n’y a rien qui existe et il n’y aura presque rien d’ici quatre ans. Si le gouvernement voulait faire un coup d’éclat, il fallait annoncer son soutien, son plein soutien jusqu’en 2020, ne pas abandonner au moment où les choses deviennent intéressantes.

20 % de moins d’émissions polluantes

Autre objectif du gouvernement Charest, réduire de 20 % les émissions polluantes d’ici 2020. Nous venons de voir que ce n’est pas avec ce très timide pas en avant que nous y parviendrons. Il ne faut pas oublier que 99 % des voitures sur la route fonctionnent sur du carburant, et cette proportion sera encore de 95 % en 2020. Si l’on veut réellement réduire les gaz à effet de serre, il faut faire ce qu’ont fait la France et d’autres pays d’Europe. Il faut instaurer un programme de bonus-malus. À l’achat d’un véhicule économique et écologique, le propriétaire reçoit un chèque. Ceux qui font l’achat d’un gros consommateur de pétrole payent une pénalité. Entre les deux, une zone neutre où il n’y a ni bonus, ni malus. Bien géré, ce plan peut rapporter des sous au gouvernement et contribuer à diminuer les émissions de CO2 de manière importante.

Il faudra beaucoup de sous pour y arriver.

Les Québécois subventionnent les pétrolières et les gazières à la hauteur de 320 millions de dollars par année (notre part du financement fédéral), alors que le gouvernement Charest proposait d’investir dans la mobilité électrique 25 millions de dollars par année pour les 10 prochaines années ! Il faudrait que ce chiffre soit à l’égal de ce qu’on investit dans le pétrole pour faire bouger les choses : il est clair que le gouvernement du Québec ne peut pas y arriver seul, et, sans l’implication d’Ottawa, tout projet n’aura que des résultats partiels. C’est pour cela que c’est un projet louable, mais voué à l’échec sans appui.

-30-

Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2011. On peut également l’entendre à l’émission Dutrizac, l’après-midi tous les vendredis à 14 :05 sur les ondes du 98,5 fm à Montréal.

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