Des algues dans votre réservoir de carburant

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Chaque fois que le prix du baril de pétrole dépasse les 100 dollars, le débat est relancé. Combien de temps encore allons-nous mettre du pétrole dans notre voiture ? Où en sont les réserves mondiales ? Et chaque nouvelle hausse amène aussi son lot de questions sur les carburants alternatifs.

Certaines solutions ont été envisagées, l’éthanol produit à partir de grain comme le maïs vole de la nourriture à l’être humain pour remplir des réservoirs de carburant, c’est une mauvaise solution. Le brésil utilise la canne à sucre qui connaît un meilleur succès. Parmi les autres carburants de remplacement dont les chimistes possèdent la maîtrise technologique, figurent également le charbon liquéfié (CTL pour « coal-to-liquid »), procédé utilisé par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale et, plus récemment, par l'Afrique du Sud, ainsi que le BTL (pour « biomass-to-liquid ») extrait surtout à partir du bois. Pour le moment, ces deux procédés sont encore très coûteux, mais la technologie fonctionne.

Se tourner vers les algues

Comme biocarburant, les microalgues ne soulèvent pas de controverse car elles ne sont pas utilisées dans l'alimentation humaine et ne nécessitent pas de terres arables pour pousser. Ces organismes unicellulaires se reproduisent à une vitesse impressionnante : ils sont capables de doubler leur biomasse en 24 heures, contrairement aux plantes traditionnelles comme le soya ou le maïs qui prennent plusieurs semaines. Les algues, cultivées en plein air ou dans des locaux industriels, permettent à la fois d'absorber du gaz carbonique et de produire du carburant, mais aussi des sous-produits comestibles et riches en protéines. Les algues peuvent produire un hydrocarbure qui ressemble exactement au kérosène, au diesel ou à l'essence. Un avion a volé en Allemagne avec du carburant fait à partir de microalgues. Les moteurs des véhicules n’auraient pratiquement pas besoin de modifications. C'est le biocarburant le plus compatible avec les capacités de raffinage et de distribution. Certaines algues contiennent autant que 50 % de leur poids en carburant, une performance entre 30 et 100 fois supérieure à celle les cultures traditionnelles. D'après les tests effectués en laboratoire, les algues peuvent produire jusqu'à 19 000 litres de biocarburant par acre par année. En comparaison, pour la même surface et durant la même période, le soya produit 190 litres de biocarburant, le maïs, 110 litres, et le palmier, 2 500 litres. Vous pouvez effectuer une récolte en quelques jours et recommencer le processus très rapidement. Les spécialistes estiment qu'il suffirait d'une surface de 4 millions d'hectares pour couvrir la consommation de pétrole des États-Unis. Les algues ont besoin de nourriture et peuvent très bien se nourrir de déchets organiques et limiter ainsi la pollution actuelle. La production d'algues peut être à la fois conduite industriellement quand l'environnement est favorable ou, au contraire, de façon plus locale quand le besoin s'en fait sentir. Enfin, les algues sont faciles à cultiver.

Alors où est le problème ?

En 2006, Innoventures Canada (I-CAN) a mis sur pied un projet nommé Système de recyclage du carbone par les algues. Le but de ce projet consiste à mener des recherches sur l’utilisation de microalgues pour transformer de grandes quantités de dioxyde de carbone industriel en produits à valeur ajoutée dont la valeur marchande compenserait les frais d’exploitation d’un tel système. Le partenaire québécois du projet, le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), se concentre sur la culture d'espèces d'algues dans des conditions idéales. Le Centre se penche, en outre, sur les sous-produits pharmaceutiques que pourraient générer les algues, comme les pigments et les substances anticancérigènes. La vente de ces produits dérivés à valeur ajoutée contribuerait à compenser les frais d'exploitation du système et en assurerait l'autosuffisance financière. Car il est là, le hic, les coûts de production de biocarburants faits à partir d'algues sont actuellement prohibitifs, mais la technologie est très prometteuse, surtout avec le prix du baril de pétrole qui continue à grimper.

De grandes pétrolières comme Exxon ont même investi plus de 600 millions dans la recherche de microalgues comme carburant de remplacement. C’est une culture prometteuse à moyen et à plus long termes.

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Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2011. On peut également l’entendre à l’émission Dutrizac, l’après-midi tous les vendredis à 14 :05 sur les ondes du 98,5 fm à Montréal.

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