Ne pas mettre la charrue devant les bœufs

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La semaine dernière, le gouvernement du Québec a annoncé qu’il sera possible, dès l'an prochain, de recharger une voiture électrique dans des lieux publics à Montréal et, ensuite, à Québec. Hydro-Québec, gestionnaire du projet, procédera dès cet été au lancement d'un appel d'offres pour l’installation, au début de 2012, des 100 premières bornes. Il faut voir là une bonne nouvelle, mais attention. Il ne faudrait pas aller trop vite en affaires et mesurer l’optimisme du gouvernement du Québec à l’égard de la prolifération des véhicules électriques. Le gouvernement du Québec prévoit, en effet, que plus de 300 000 voitures électriques circuleront sur le réseau routier d’ici à 2020. Permettez-moi de vous dire que les gens du gouvernement en fume du très bon. Il est impossible que 25 % du parc d’automobiles soit électrique dans moins de 10 ans. Les constructeurs n’ont tout simplement pas la capacité de produire à ce rythme. Il faut aussi considérer que le Québec est une contrée vaste et froide. L’autonomie annoncée pour les véhicules électriques est sérieusement diminuée par notre climat. Il faut aussi considérer le prix. L’équipementier allemand Bosch juge que le coût des batteries freinera la croissance des véhicules électriques et hybrides rechargeables tout au long de la décennie. Il évalue que, d’ici à 2020, la batterie seule coûtera entre 8 000 et 16 000 $. Même avec les subventions que le gouvernement du Québec accorde de 2012 à 2015 (rien à partir de 2016), cela ne sera pas suffisant.

Les constructeurs d’automobiles, les équipementiers et les observateurs, pour la plupart, situent, à l’horizon 2020, le pourcentage de véhicules électriques et hybrides rechargeables par rapport au marché mondial à 3 %, 5 tout au plus.  L’institut IHS Global Insight distingue de 1 à 2 % de véhicules à 100 % électriques et 2 % d’hybrides rechargeables. De manière réaliste, cela signifie que, dans le meilleur des mondes, il y aura peut-être quelques milliers de voitures électriques au Québec en 2020.

Le réseau de bornes sera en quelque sorte un poste de dépannage pour ceux qui n’auront pas fait le plein d’énergie à la maison. Pour 2 $, l’automobiliste pourra se brancher une heure dans une prise à 240 volts, ce qui lui procurera 25 kilomètres d’autonomie. Une heure dans la prise à la maison coûtera environ 40 cents. À 2 $, c’est 5 fois le prix, et pour 2 $ d’essence, vous faites presque 25 kilomètres. Hydro-Québec prévoit aussi ajouter rapidement des bornes dont la tension d’alimentation sera plus importante, soit 400 volts, qui offriront 50 kilomètres d'autonomie après 10 minutes de branchement et une recharge à 80 % de la batterie en 30 minutes. Malheureusement, les prises à 400 volts risquent d’être plus difficiles à trouver car elles coûtent plus du double des prises à 240 volts.

Pour situer le chemin qui reste à parcourir et les efforts à consentir, il faut prendre en note une étude européenne récente de consommation en Allemagne qui révèle que l'intérêt des consommateurs est « proche de zéro » si le surplus de prix à payer par rapport aux véhicules à essence est de plus de 2 000 $ ! En ce moment, le véhicule électrique se vend presque le double d’un véhicule comparable à essence. Les seules personnes intéressées seront celles qui ont le budget pour s’en servir comme deuxième ou troisième véhicule.

Il faut saluer l’initiative du gouvernement du Québec qui fait un pas en avant, mais attention de ne pas créer un besoin là où il n’en existe pas, c’est ce qu’on appelle mettre la charrue devant les bœufs.

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Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2012.

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