Le plagiat automobile : un réel danger

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La mondialisation a ses bons côtés. C’est elle qui vous permet de pouvoir faire l’achat d’un lecteur DVD chez Wal-Mart pour 39,95 $. Pourtant, pendant ce temps, une usine de fabrication a fermé aux États-Unis, et deux autres ont ouvert en chine. Vous pouvez maintenant acheter un chandail de cachemire pour moins de 100 $, c’est la moitié du prix d’il y a dix ans. La Mongolie possède plus de 30 millions de chèvres qui ont littéralement brouté les steppes et les ont transformées en désert. Tout cela pour transformer plus de cachemire dans des usines chinoise à bas prix. Le même phénomène existe dans l’automobile. Certains constructeurs chinois sans scrupule copient point pour point des modèles populaires. BYD (Build Your Dreams) vend un véhicule baptisé S6 qui n’est finalement qu’un Lexus RX 350 de  première génération. BYD n’a même pas eu l’idée de mélanger plusieurs inspirations franches comme cela s’est développé chez certains. Non, ici c’est clairement assumé, on copie du Lexus avant de savoir faire du Lexus. Et BYD n’est pas le seul constructeur à jouer à ce jeu. Des constructeurs comme Audi, Mercedes-Benz et BMW ont poursuivi des constructeurs chinois qui ont mis en marché des copies de certains modèles comme la TT, la Série 3 où la smart fortwo. Mais le plagiat de modèles complet n’est pas le plus grave problème.

On reproduit aussi des pièces d’automobiles

Là où la marge bénéficiaire est la plus juteuse, c’est dans la contrefaçon de pièces d’automobiles. Un peu comme un faux sac Louis Vuitton avec les mêmes logos ou les fausses montres Rolex. La copie de pièces d’automobiles a été multipliée par 66 entre 2008 et 2009. Elle devance celles du tabac, des médicaments et des jouets. Ce n’est plus une augmentation, mais une explosion. Plusieurs organismes internationaux sortent le drapeau rouge.

 

De 560 490 en 2008, le nombre de pièces d’automobiles contrefaites saisies par les autorités des pays de l'Organisation mondiale des douanes (OMD) est passé à 37,6 millions en 2009. À noter : 27 % de ces saisies ont été détectées dans une seule cargaison de marchandises en provenance de Chine ! La Chine, copieuse affichée de la pièce jusqu'au modèle entier est le premier pays incriminé. Le danger réside dans la piètre qualité de ces pièces qui s’affichent comme des pièces d’origine. On les vend naturellement le plein prix, mais les matériaux qui composent ces pièces sont tellement mauvais qu’elles constituent un danger pour la sécurité des automobilistes. On fabrique, par exemple, des plaquettes de frein avec des sciures de métal en lieu et place d’un morceau solide de métal. On se fout carrément de la qualité des produits. Le fait le plus inquiétant est que ce marché de la contrefaçon prend de l’ampleur. Autrefois limité à l’Asie, on retrouve maintenant ces pièces en Europe et on établit des ponts sur tous les continents. Devant l'ampleur du phénomène, la réponse douanière s'est également amplifiée : les saisies ont augmenté de 119 % depuis 2008.

Comme vous le voyez, la mondialisation amène aussi des effets assez pervers. La course au plus bas prix se fait au détriment de la sécurité et de la perte de vies humaines. La culture de la performance, du chiffre, du résultat à tout prix qui s'impose désormais dans de larges pans de l'économie l'emporte sur toute autre considération. Le plagiat est même devenu un mode de gestion. Pensez-y la prochaine fois que vous verrez un bien de consommation à petit prix provenant d’un pays émergeant.

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Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2012.

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