Pour ou contre l’électronique dans les véhicules modernes

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Je suis de la génération des gens qui avaient un voisin qui tous les dimanches fouillait dans la mécanique de sa voiture. Aujourd’hui, les ordinateurs ont pris toute la place et les garagistes du dimanche ont troqué leurs clés à molette contre des ordinateurs. À moins de se munir de l’outil de diagnostic informatique adéquat, il est impossible de jouer dans un moteur moderne. Et c’est la même chose à l’intérieur. La voiture des années 70 et 80 se résumait à un moteur, quatre roues et un volant. Mais cette époque est révolue : les automobiles sont devenues intelligentes, hybrides pour certaines, et bourrées d’ordinateurs qui contrôlent tout. On ne compte plus les systèmes électroniques embarqués : écrans tactiles, navigation par satellite, transpondeur, pression des pneus, gestion du moteur, des freins, de la trajectoire, de la vitesse ou de la transmission. Autrement dit, les voitures sont devenues de véritables ordinateurs roulants, dotés de systèmes toujours plus complexes. La Lexus LS 460, possède 94 micro-ordinateurs, dont sept ne sont servent qu’à faire communiquer entre eux les 87 restants, par l’intermédiaire de quelque 33 kilomètres de fils électriques. D’ici quelques années, le conducteur deviendra un élément secondaire dans un véhicule.

Plus sécuritaire

C’est vrai que le but de toute cette instrumentation électronique est d’ajoutée de la sécurité, du confort et de créer un meilleur environnement pour le conducteur, mais tout comme à la course à la puissance que se livrent les voitures sports et exotiques, la course au raffinement technologique existe et les marques de luxe, tant Japonaise qu’Allemande tentent de présenter un argument qui le différenciera des autres. Des systèmes complexes demandent une instrumentation complexe. Par exemple, pour que des coussins gonflables intelligents ne se déclenchent qu’en cas de grave danger, il faut différents capteurs qui indiquent à un microprocesseur quelle est la vitesse de ralentissement, si les roues tournent ou non, s’il s’agit d’un choc frontal, de côté ou arrière… Tout cela alors que la climatisation doit maintenir la température à 21.5° à gauche, et à 23° aux pieds du passager. Pour vous dire à quel point la mise en chantier d’un nouvel habitacle automobile est devenue complexe, les constructeurs automobiles font maintenant appel à des compagnies qui dessinent les cockpits des avions de chasse pour concevoir celui des voitures. La masse d’informations qu’une voiture doit contenir est tellement imposante qu’il faut consulter ces experts qui ont l’habitude de trouver dans un volume très restreint, l’espace nécessaire pour incorporer toutes les fonctions d’un chasseur moderne.

Est-ce que c’est fiable tout cela ?

Les premières années de la révolution électronique ont été difficile, il y avait encore quelques anomalies dans les circuits et cela a coûté cher à plusieurs constructeurs. C’est l’application du multiplexage qui a permis ce bond technologique. Des 60 fils nécessaires à la fourniture d’information à un tableau au début des années 90, il n’en reste que quatre aujourd’hui. Le multiplexage consiste à transporter plusieurs informations à travers une seule infrastructure, un seul fil électrique. Cette technologie, utilisée depuis plus de 20 ans dans l’aéronautique, consiste à numériser les signaux et à les transmettre par paquets, depuis différentes sources, en direction d’un même microprocesseur, qui se charge de les transmettre à leur destination finale.

Le multiplexage augmente considérablement la fiabilité des automobiles puisqu’il simplifie énormément l’architecture électrique, réduisant le nombre de faisceaux, ou connexions, de 40%. Il n’offre qu’un gain de poids mineur, de l’ordre de cinq kilos par véhicule, en revanche il permet de faire un diagnostic précis de chaque fonction.  Globalement, la fiabilité des microprocesseurs est bonne. Ce sont les logiciels qui créent 60% des pannes, parce qu’il n’existe pas aujourd’hui de standard pour la structure électronique. Afin d’assurer la fiabilité, la multiplication des fonctions signifie que de nouveaux microprocesseurs doivent se charger de vérifier le bon fonctionnement de microprocesseurs plus petits, ainsi que leur communication correcte. Plusieurs spécialistes sont convaincus que les fabricants doivent collaborer entre eux afin de simplifier autant que possible leur architecture électronique. Aussi pour simplifier le travail des garagistes qui doivent, pour chaque marque, acquérir l’équipement de diagnostic informatique adéquat. Mais pour le moment, personne ne collabore à ce chapitre et les fabricants vont donner une certaine formation à leur concessionnaire, mais laisse complètement de côté les ateliers indépendants qui ont de plus en plus de mal à suivre. Ce qui rend donc les automobilistes prisonniers de leur concession.

De nombreuses voitures modernes roulent grâce aux millions de lignes de code informatique. Les ordinateurs contrôlent tout ou presque à bord de votre voiture : la transmission, les systèmes de diagnostic, la climatisation, les systèmes de divertissement, la navigation, les communications, le freinage et bon nombre d’autres paramètres essentiels ou utiles pour que votre automobile puisse réellement vous permettre d’être mobile.

Les problèmes d’électroniques touchent aujourd’hui la plupart de ces véhicules modernes, avec des conséquences plus ou moins sérieuses selon le système concerné : un radio multimédia qui hoquète est bien sur moins pénalisant qu’un régulateur de vitesse ou un frein à main électronique récalcitrants. Ce qui est le plus frustrant dans cette histoire c’est que l’automobiliste n’a pas le contrôle sur sa voiture, il est totalement dépendant d’une tierce personne. L’autre aspect inquiétant de cet envahissant de l’électronique est son double rôle qui consiste à la fois à rendre le véhicule plus sécuritaire et donner la plus quantité d’informations aux occupants. L’information devient malheureusement, dans biens des cas un facteur important de distraction qui fait en sorte que le conducteur quitte constamment les yeux de la route.

C’est clair qu’il est facile d’apprécier tout l’apport de l’électronique aux voitures modernes, mais d’un autre côté est-ce que trop c’est comme pas assez. Il faudra trouver une méthode pour simplifier les fonctions et surtout de ne pas distraire le conducteur qui devrait se concentrer sur la route.

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Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2012.

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