Qui sauvera qui ? Fiat ou Chrysler ?

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Bien des spécialistes ont vu d’un mauvais œil l’union de Fiat et de Chrysler. Deux constructeurs d’automobiles qui, dans leur pays respectif, étaient en sérieuses difficultés financières. On sait que l’union fait la force, et le grand patron de la firme américano-italienne, Sergio Marchionne, y croit fermement. Il continu d’affirmer que les constructeurs d’automobiles incapables de produire entre 5,5 et 6 millions de véhicules par an d’ici quelques années sont voués à l’extinction, rien de moins. Or, Marchionne est le premier à admettre que ni Chrysler ni Fiat de pouvait, seule, aspirer à de telles ventes. La fusion vient mettre les forces en commun pour atteindre des objectifs plus élevés.

Voilà pour la théorie. Toutefois, chacun sait que la théorie et la réalité sont deux choses souvent bien différentes. Pour redresser Chrysler qui sortait d’une faillite, Fiat a dû investir massivement et alourdir sa dette de manière dangereuse. De même, Chrysler a annoncé, il y a peu de temps, des investissements lourds aux États-Unis de l’ordre de 1,7 milliard de dollars. Le plan touche plus particulièrement la production, à Toledo, du nouveau Jeep Liberty qui sera lancé en 2012. Le Liberty sera conçu sur la plateforme C qu’utilise l’Alfa Romeo Giulietta en Europe. La gamme des produits Chrysler a besoin d’une refonte complète, et certains spécialistes se demandent si Fiat a les reins assez solides pour supporter une réforme à si grande échelle. Il est clair qu’on utilise le partage de technologies à son maximum. On mondialise aussi la production de plusieurs véhicules. Ainsi, la grande Chrysler 300 est vendue sous l’appellation Lancia Thema en Europe. Le Dodge Journey se nomme Fiat Fremont en Europe, et, sous peu, des produits Fiat et Lancia prendront le chemin de l’Amérique pour être vendus chez Chrysler. Mais cela ne veut pas dire que les produits auront du succès. À preuve, Fiat, qui visait 50 000 exemplaires vendus de la petite 500 aux États-Unis en 2011, a péniblement atteint les 11 000 ventes à la fin de novembre et fera à peine 12 000 d’ici la fin de l’année.

Il est vrai que les ventes de Chrysler vont bien, grâce à des programmes de rabais qui n’en finissent plus, attirant une clientèle encore nombreuse. Mais, pour le moment, les profits de Chrysler servent essentiellement à essuyer les pertes de Fiat qui perd de l’argent dans ses cinq usines de production en Italie. Comme GM et Ford, avec un marché américain de 12,5 millions de véhicules particuliers – très loin de celui de 2005 qui avait culminé à plus de 17 millions –, Chrysler peut donc à son tour retrouver le chemin de la profitabilité et inverser la courbe en passant du désinvestissement à l’investissement : l’ampleur des restructurations que la profondeur de la crise de 2008 2009 a entraînée a cette conséquence « heureuse » et séduit volontiers les analystes qui, comme Marchionne, s’empressent de pourfendre la « frilosité » européenne. Mais une fois cette lune de miel traversée, il faudra faire face à la réalité d’un marché nord-américain stagnant, d’une Chine ou d’un Brésil qui ne seront pas en perpétuelle progression et d’une Europe qui vit déjà la disette.

Alors, disons que, pour le moment, c’est l’argent de Fiat qui a sauvé Chrysler, et que ce sont les ventes de Chrysler qui sauvent Fiat. Le marché américain, même au ralenti, se remet des années 2008 et, surtout, 2009, les Américains appliquent un peu plus la politique de l’achat « local » ce qui aide les constructeurs américains. Il ne faut pas oublier que, malgré les chiffres encourageants, le constructeur Chrysler d’aujourd’hui est le même qui a failli mourir il y a deux ans à peine. Il faudra à Sergio Marchionne bien plus que de bonnes idées pour se sortir de cette situation. Chrysler est comme une personne qui a survécu au cancer, elle est pour le moment en rémission, mais loin d’être guérie.

-30-

Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2012. On peut également l’entendre à l’émission Dutrizac, l’après-midi tous les vendredis à 14 :05 sur les ondes du 98,5 fm à Montréal.

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