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Le gros bon sens, nouvelle version.

Steven Guilbeault
Publié le 1 Juin 2010
Publié le 30 Août 2010
Steven Guilbeault  RSS Feed
Sujets :
UNESCO , Alberta , Golfe du Mexique , Golfe du Saint-Laurent

Le président Rafael Correa de l’Équateur, pays pauvre, propose de ne pas exploiter le pétrole de la plus grande réserve biologique au monde. On ne parle pas ici de petites quantités de pétrole mais bien de 850 millions de baril par an ; en comparaison, les sables bitumineux de l’Alberta donnent plus ou moins 350 millions de barils/an. En échange, le Président Correa demande une juste compensation financière. Le pétrole a été découvert dans le Parc national Yasuni, en pleine jungle amazonienne. Yasuni est un parc de 100 000 hectares classé par l’UNESCO comme la plus grande réserve mondiale de la biosphère ; 2 274 espèces d’arbres, 567 d’oiseaux, 80 de chauves-souris, 10 de primates, 105 d’amphibiens et plus de 100 000 espèces d’insectes à l’hectare ! Yasuni est également le refuge de deux peuples indigènes, qui vivent en isolement volontaire (les Tagaeri et les Taromenane), et de plusieurs milliers d’Indiens Huaorani. La proposition équatorienne est si inhabituelle qu’elle soulève inévitablement la suspicion. Si l’on regarde la chose de plus près cependant, on arrive à la conclusion que le président Correa n’est pas aussi « déconnecté » qu’il n’y paraît. Sa proposition arrive au moment où la crise climatique ne cesse de se développer; où la catastrophe qui se déroule dans le Golfe du Mexique nous rappelle qu’extraire du pétrole « n’est pas un jeu d’enfant » ; ou, enfin, où les efforts pour développer les énergies vertes s’accentuent à chaque jour. A mon avis, le Président Correa fait preuve du type de courage politique dont nous aurons de plus en plus besoin. En effet, il est prêt à renoncer à la vente d’un bien privé (le pétrole) pour la préservation d’un bien commun de l’humanité (la biodiversité).La biodiversité est une richesse en soi mais, c’est aussi les futurs médicaments qui pourront être développés à partir des plantes rares que l’on trouve dans le parc. L’exemple équatorien interpelle directement notre société en entier et nos leaders politiques en particulier : aurons-nous, auront-ils le courage de dire non à l’exploitation du pétrole dans le Golfe du Saint-Laurent au nom de la préservation de la biodiversité? Steven Guilbeault

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