Les préjugés sur la pauvreté persistent et démotivent

François
François Cattapan
Envoyer à un ami

Envoyer cet article à un ami.

Loins d'être favorables à une amélioration de la situation et à une responsabilisation constructive, les préjugés à l'égard de la pauvreté ne font qu'empirer une réalité déjà difficile à vivre. Les personnes qui en sont la cible finissent par se convaincre de leur marginalité et sombrent souvent dans l'abandon et le déni de leur potentiel. Bref, elles s'enfoncent dans un cercle vicieux qui ne résout rien à leur problème.

C'est dans l'espoir de remédier à ce constat improductif et pervers que Centraide Québec vient de publier son 4e rapport social intitulé «Un préjugé, c'est coller une étiquette. La lutte contre la pauvreté s'arrête là où commencent nos préjugés». Le document prend position à l'égard d'une problématique dont l'impact est insoupçonné et sape insidieusement les efforts collectifs déployés pour combattre la pauvreté. Haut et fort, il interpelle le plus grand nombre d'acteurs à agir, parce que la lutte contre les préjugés est l'affaire de toute la société.

Les personnes présentes au lancement ont été à même de convenir que tout le monde, à divers degrés, véhicule des préjugés. Parfois, ils sont plus légers, comme ceux évoquant la fragilité des hommes atteints de la grippe, ou la dangerosité des femmes au volant, ou encore que tous les cégépiens sont des poteux initiés à la philosophie. Mais, lorsqu'ils s'adressent aux pauvres, ils ont souvent des impacts plus tenaces et pernicieux. Les conséquences sont plus lourdes et perpétuelles, allant jusqu'à décourager tout effort.

C’est à une réflexion exigeante, déroutante parfois, mais nécessaire que Centraide convie la population. Quels rapports entretenons-nous réellement avec la pauvreté et les gens qui la vivent au quotidien? Individuellement et collectivement, nos préjugés nous empêchent-ils de nous engager sans compromis dans la lutte contre la pauvreté et de lui donner toute la portée et la priorité qu'elle exige? On ne saurait trop insister sur le fait que la pauvreté et ses nombreuses conséquences entraînent des coûts importants pour la société, soit au moins le double de ce qu'il faudrait investir pour l'éliminer, comme le faisait valoir le plus récent rapport du Conseil national du bien-être social.

«À Centraide, nous sommes convaincus que non seulement les préjugés infligent des dommages importants aux personnes qui en sont la cible, mais qu’ils amoindrissent également la volonté de s'attaquer aux racines du problème. Plus que jamais, il convient de réfléchir à ce qui préside à nos choix», affirme Pierre Métivier, président-directeur général de Centraide Québec.

«Plusieurs idées reçues ont la vie dure lorsque vient le temps de parler de pauvreté : les pauvres peuvent être dangereux; au Québec, les pauvres ont une vie confortable; les pauvres ne veulent pas travailler. Et la liste pourrait s'allonger ainsi de façon déconcertante! À juste titre, devant le nombre et l'intensité de ces propos qui perdurent, plusieurs seraient tentés de s'interroger sur la pertinence de mener des actions de lutte contre les préjugés... mais suivant un sondage que Léger Marketing réalisait récemment pour Centraide, 7 personnes sur 10 y croient comme nous», ajoute Marc De Koninck, organisateur communautaire du CSSS de la Vieille-Capitale et président du comité de développement social de Centraide.

Solutions

Centraide Québec entend bien poser de nombreux gestes dont le premier se traduit par le lancement de ce 4e document de réflexion préparé par son comité de développement social. Il veut également concevoir des outils de sensibilisation et initier des forums ou des tribunes d'animation au sein de différentes sphères (partis politiques, domaine de l'enseignement, milieu de la santé, municipalités, organismes communautaires, centrales syndicales, secteur des affaires, etc.). Il entend aussi rédiger une charte du droit à la dignité pour tous en vertu de laquelle les personnes et les organisations s'engageraient à agir pour contrer les préjugés et à donner ainsi à la lutte contre la pauvreté une portée et une priorité véritables.

Tout comme combattre la pauvreté, lutter contre les préjugés n'est pas que l'affaire de Centraide. Voilà pourquoi il ose demander, voire exiger, la solidarité du plus grand nombre d'acteurs, le gouvernement du Québec au premier chef. Car les préjugés freinent l'émergence de solutions au problème de pauvreté. «Il y a lieu d'abord d'aiguiser notre sens critique à l'égard des idées reçues. Cela commence par l'acceptation des différences entre les composantes de la société et respecter la dignité de chacune de ses composantes», suggère Marc De Koninck. Autrement, martèle Centraide avec dépit : «à regard tordu, combat perdu!»…

On peut consulter et télécharger le document à www.centraide-quebec.com/publications, sous la rubrique «Rapports sociaux», ou demander un exemplaire au 418 660-2100.

Québec Hebdo

Organisations: Conseil national du bien-être social, Léger Marketing

Lieux géographiques: Québec

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Merci d'avoir voté

Haut de page

Commentaires

Commentaires