Un patient de Robert-Giffard en isolement pendant 1200 heures

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Luc Fournier
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Un patient admis à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec en décembre dernier entame une poursuite de 150 000$ contre le centre hospitalier ainsi que Paul G. Ouellet, le psychiatre qui l’a traité. Ce dernier aurait utilisé de façon abusive l’isolement, ordinairement une mesure d’exception. Entre février et mars 2010, le patient souffrant de problèmes mentaux et qui refusait de prendre sa médication a été placé en isolement pendant 1200 heures, soit 50 jours en 80 jours.

Éric Bilocq, conseiller en droit au Comité des usagers de l’Institut, et Me Jean-Pierre Ménard, avocat qui défend le patient, ont exposé les faits. (Photo Luc Fournier)

Le patient en isolement est dénudé, vêtu d’une simple jaquette d’hôpital. Sans toilette ni possibilité de divertissement, ni même de lunettes, même s’il souffre d’une myopie sévère. Il est arrivé que l’homme qui reçoit encore des soins, dans un autre hôpital de Québec, ait à faire ses besoins dans un coin de la petite pièce d’isolement.

Le patient, qu’on a renommé Michel B. afin de garder son anonymat, est demeuré 323 heures en isolement en février, 242 heures en mars et 635 heures en avril. «On ne pensait pas que ce genre de pratique pouvait se faire encore au Québec», s’est indigné l’avocat qui défend le patient, Me Jean-Pierre Ménard. Pour un isolement prolongé, les procédures veulent que le tout soit supervisé et encadré. M. Ménard soutient que les isolements se sont parfois faits pour des raisons administratives, par manque de personnel pouvant surveiller le patient, et d’autres fois de façon punitive, le patient ne voulant pas prendre sa médication.

Ce dernier, qui s’est senti humilié à plusieurs occasions, a contacté le Comité des usagers de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec pour se plaindre.

Le rapport d’évaluation de la plainte fait par un médecin examinateur soulève plusieurs lacunes : «L’absence d’une équipe interdisciplinaire au M-3400 [un secteur de l’Institut] ne favorise par la recherche et l’application de remplacement à l’isolement. Il n’y a pas eu de consentement libre et éclairé du patient ou substitué par l’intervention d’un proche parent. Les médecins de garde ou en remplacement ont reconduit ou imposé des périodes d’isolement sans se soucier de l’absence de consentement. La demande d’ordonnance de soins fut trop longue. Et finalement, aucun plan d’intervention médical n’a été développé», écrit le médecin qui a évalué la plainte, Gilles Gauthier. Éric Bilocq, conseiller en droit au Comité des usagers de l’Institut, est à ce poste depuis 16 ans. Ce dernier dit n’avoir jamais vu chose semblable, mis à part peut-être un épisode en 2003, où un patient avait été laissé dans ses excréments pendant quelques jours.

M. Bilocq a décidé de ne pas contacter la direction générale de l’Institut dans le dossier. «Pour moi, c’est plus le temps d’agir que de parler», a-t-il fait savoir aux journalistes lors d’un point de presse, au Palais de Justice de Québec.

Un autre fait reproché au psychiatre traitant est la durée qui s’est écoulée entre l’admission du patient et l’ordonnance des soins, soit cinq mois.

Le docteur Ouellet doit rencontrer le comité de discipline qui évaluera la situation.

Organisations: Comité des usagers, Institut universitaire, Palais de Justice de Québec

Lieux géographiques: Hôpital de Québec

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  • HÉLÈNE LACHANCE
    26 juillet 2011 - 12:33

    Le 26 juillet 2011 C'est inhumain, dégradant, humiliant et horrible de laisser un être humain dans ces conditions. Je ne l'aisserai pas mon chien en isolement pendant tout ce temps. Pourquoi le comité des usasers, n'as pas réagi avant? Pourquoi, l'équipe de soin et le psy se sont acharnés à continuer l'isolement de façon abusive sans s'appercevoir que ces mesures ne l'aidaient pas et qu'ils contribuaient à être aspiré dans un spirale de destruction. Pour ce qui est arrivé en 2003, dans le même établissement, en vu de rafraichir la mémoire de M. Bilocq, une personne a été mis en isolement illégal et sans son consentement durant six jours, dans ses excréments, cette situation est survenue à la fin de l'année 2002. C'est désolant de constater qu'en 2011, des situations semblables à des prisionners embarrés dans cellules de château du moyen âge. Bravo à Michel B pour son courage Bravo à Me Ménard de mener cette cause à bon port !