Le seul voyage vers les États-Unis que la jeune femme ait fait depuis, c’était pour se rendre à Newport au Vermont et le seul bâtiment qu’elle y a visité, c’est sa cour de justice. Pourtant, elle n’a pas pris le chemin de la prison. Son dossier vierge et son profil bien loin de celui du criminel endurci lui ont valu de participer à un programme spécial. Pour effacer la tache à son dossier, Catherine devait faire trois choses : un don de 150 $ à la Ville de Newport, un autre de 100 $ à une œuvre de charité de la même municipalité ainsi que publier son histoire afin de faire réfléchir ceux qui auraient envie d’emprunter la même voie qu’elle.
Pour Catherine, cette troisième conséquence, simple en apparence et n’impliquant pas de frais, s’est finalement avérée la plus contraignante. Difficile de se raconter à quelqu’un qui publiera notre histoire alors qu’on a tellement honte qu’on n’a même pas relaté les événements à nos meilleurs amis ou à notre famille.
Retour sur l’arrestation
La descente aux enfers de Catherine commence une semaine avant son voyage vers les États-Unis. Elle achète alors quelques comprimés d’ecstasy pour une petite fête entre amis. Ceux qui restent finissent dans un pot de pilules, au fond de son sac à main.
Puis les deux amis prennent la route. Comme ils arborent quelques tatouages bien visibles, ils s’attendent à ce que leur voiture soit passée au peigne fin une fois à la douane. «Ils ont fouillé le char au complet, sous les tapis, dans la boîte à gants, ils n’ont rien trouvé. Quand je me suis levée pour partir, ils ont vu mon sac. C’est là que je me suis rappelé que j’avais oublié de me débarrasser de la drogue», raconte Catherine.
La jeune femme est menottée, questionnée. Ses empreintes sont prises et on lui enlève même une partie de ses vêtements pour noter le détail de ses tatouages. La peur et la panique ne l’empêchent toutefois pas de réfléchir et elle opte pour la franchise. «Je me suis dit que les douaniers devaient en voir tous les jours [des comprimés d’ecstasy]. J’ai prêché pour l’honnêteté. Ils ont été vraiment heavy avec moi. Ils me disaient tout le temps que ça devait être mon chum de gars qui m’avait donné les comprimés. Je n’ai jamais essayé de mentir et de lui mettre ça sur le dos, même si je me voyais comme la pire merde de la Terre. Je me voyais perdre ma job, faire honte à ma famille», se souvient-elle.
Relâchée, elle apprend qu’elle doit comparaître à Newport trois mois plus tard. «Ce sont les pires trois mois de ma vie. Je ne savais pas à quoi m’attendre, je ne connaissais pas les lois. Je ne dormais pas, j’angoissais. J’ai fait des recherches sur le net. J’ai vu que pour possession de moins de 100 comprimés, ça pouvait donner un an de prison. Je redoutais tellement ce qui allait arriver. Pour moi, c’était comme aller au bûcher!»
Une deuxième chance
Fin juin, Catherine est de retour au Vermont. À la cour de Newport, elle est accueillie par Holly Ross de NEKCA (Northeast Kingdom Community Action) qui lui offre deux choix : soit elle subit un procès ordinaire, soit elle participe au programme de l’organisme.
En racontant son histoire, Catherine met fin à une longue période d’angoisse. «Mon histoire va servir à conscientiser les autres. Ça fait six mois que le cœur me débat, je ne suis plus capable. Ça aurait pu ruiner ma vie. Maintenant, j’ai une deuxième chance et je la saisis à pleines mains! La peur que j’ai ressentie quand j’ai été arrêté s’est changée en gratitude. Je vois tout ce que j’aurais pu manquer; je saisis plus les opportunités. Je ne remercierai jamais assez Holly pour tout ce qu’elle a fait pour moi.»
Québec Hebdo

